Vous êtes devant le rayon des yaourts, un pot mieux noté dans une main, un autre moins bien classé dans l'autre, et cette idée vous traverse : « le plus sain, c'est forcément le plus cher ». C'est une croyance très répandue, et c'est un vrai frein quand on veut mieux manger sans faire exploser le budget.

Bonne nouvelle : une analyse française récente montre qu'un produit mieux noté au Nutri-Score n'est pas forcément plus cher. Dans certaines catégories, il est même moins cher. La relation dépend surtout du type de produit, pas d'une règle générale. Autrement dit, manger sainement sans se ruiner est souvent plus accessible qu'on ne le pense.

Le Nutri-Score, en deux mots

Le Nutri-Score est un logo officiel qui résume la qualité nutritionnelle d'un produit sur une échelle de cinq lettres et cinq couleurs, du A vert (composition plus favorable) au E orange foncé (composition moins favorable). Il prend en compte, pour une même quantité, les éléments à limiter (calories, sucres, sel, acides gras saturés) et les éléments à encourager (fibres, protéines, part de fruits, légumes et légumineuses).

C'est un repère utile pour comparer rapidement deux produits d'une même famille, par exemple deux céréales de petit-déjeuner ou deux plats préparés. Il ne dit pas si un aliment est « bon » ou « mauvais » dans l'absolu, et il ne remplace pas le bon sens : un aliment noté A reste à consommer dans le cadre d'une alimentation variée. Il vous donne surtout une base de comparaison claire, en quelques secondes, au moment où vous hésitez.

Mieux noté ne veut pas dire plus cher

Pendant longtemps, la question du prix est restée au cœur des débats sur le Nutri-Score. L'intuition semblait logique : si un produit est de meilleure qualité nutritionnelle, il devrait coûter davantage. Une analyse publiée par Santé publique France, en partenariat avec l'INRAE (l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement), a justement mis cette intuition à l'épreuve.

Ce que les chercheurs ont regardé

L'analyse a porté sur 27 955 produits alimentaires, répartis en 22 catégories, à partir des prix relevés sur les sites de commerce en ligne français entre janvier 2020 et décembre 2023. Il s'agit d'une analyse descriptive : les auteurs ont observé, catégorie par catégorie, comment le prix évoluait en fonction du Nutri-Score affiché. Ce type de travail décrit des tendances de prix ; il ne teste pas une intervention et ne cherche pas à établir une cause. Les auteurs précisent d'ailleurs que les données ne couvrent pas l'ensemble du marché.

Un résultat qui varie selon les rayons

Le principal enseignement est qu'il n'existe pas de règle unique reliant le Nutri-Score au prix. La relation change d'une catégorie à l'autre, et parfois même à l'intérieur d'une catégorie.

Pour les sauces pour pâtes, la tendance est nette : le prix augmente à mesure que la note se dégrade, des produits notés A ou B vers ceux notés C, D ou E. Pour les pizzas, en revanche, aucune différence de prix significative n'a été observée selon la note. Du côté des yaourts, le tableau est plus contrasté qu'on pourrait le croire : aucune relation claire ne se dégage sur l'ensemble de la catégorie, et le lien « mieux noté, moins cher » n'apparaît que dans certaines sous-catégories, comme les yaourts aromatisés et aux fruits ou les fromages blancs. Quant aux pains, la tendance va plutôt dans l'autre sens : pour les pains industriels comme artisanaux, le prix augmente en moyenne à mesure que la note se dégrade — seuls les pains de mie ne montrent aucune différence significative.

Autrement dit, mieux manger ne se paie pas systématiquement plus cher, mais il n'y a pas non plus de règle inverse : tout dépend du rayon dans lequel vous vous trouvez.

Une association, pas une preuve que le logo fait baisser les prix

Voici la nuance essentielle. Cette analyse observe un lien entre la note et le prix dans les données ; elle ne démontre pas que le Nutri-Score « fait baisser » les prix, ni qu'un produit devient meilleur marché parce qu'il est mieux noté. Les auteurs l'écrivent noir sur blanc : leur travail reste descriptif et ne permet pas d'établir de relation causale entre le Nutri-Score, l'engagement des marques et les prix. Beaucoup d'autres facteurs entrent en jeu : la catégorie, la marque, la stratégie commerciale, la période. Dire « les produits mieux notés ne sont pas forcément plus chers » est fidèle aux résultats. En tirer une loi générale valable pour tous les produits irait au-delà de ce que montre l'étude.

Le rapport relève aussi que les marques n'affichant pas le Nutri-Score sont souvent plus chères. L'explication avancée — les marques de distributeur, généralement moins coûteuses, apposent plus volontiers le logo — n'est présentée que comme une hypothèse, et les auteurs soulignent que cette tendance n'est pas générale : elle s'inverse par exemple pour les céréales de petit-déjeuner ou les yaourts à boire.

Comment comparer deux produits sans vous ruiner

La leçon la plus concrète de tout cela n'est pas de dépenser plus, mais de comparer mieux. Devant le rayon, quelques réflexes simples suffisent souvent à trouver une option à la fois plus intéressante sur le plan nutritionnel et raisonnable côté budget.

Trois réflexes suffisent :

  1. Comparez à l'intérieur d'une même catégorie, et non entre familles différentes : deux yaourts entre eux, deux paquets de céréales entre eux.
  2. Regardez le prix au kilo ou au litre, affiché en petit sous le prix de vente, plutôt que le prix du paquet. C'est le seul moyen de comparer honnêtement deux formats différents.
  3. Jetez un œil à la liste d'ingrédients et à la quantité de sucre ou de sel pour 100 g, souvent plus parlante que l'emballage.

Dans la pratique, cela donne des échanges très accessibles. Un yaourt nature en grand pot revient souvent moins cher, à la portion, qu'un yaourt aromatisé vendu en petits pots individuels — tout en contenant moins de sucre ajouté. Une sauce tomate à la liste d'ingrédients courte peut coûter autant, voire moins, qu'une version enrichie en sucre et en additifs.

Du côté des basiques les plus économiques, les légumes secs, les flocons d'avoine, les conserves de légumes et les fruits de saison cumulent bonne composition et petit prix. Cuisiner en plus grande quantité puis congeler des portions permet, en plus, d'étaler la dépense et de gagner du temps.

Panier de courses composé d'aliments simples et peu coûteux : lentilles, flocons d'avoine, conserves de légumes et fruits de saison
Des basiques peu coûteux qui figurent souvent parmi les mieux notés de leur rayon.

Les idées reçues à revoir

La première idée reçue, c'est que « bien manger coûte forcément plus cher ». L'analyse française montre que ce n'est pas une fatalité : tout dépend du produit et de la comparaison que vous faites. La deuxième, c'est que le bio ou les produits estampillés « santé » seraient le seul chemin vers une alimentation de qualité. En réalité, beaucoup d'aliments simples et peu coûteux, comme les légumineuses ou les flocons d'avoine, offrent une excellente composition sans mention marketing particulière. La troisième, c'est de croire qu'un logo unique décide de tout : le Nutri-Score est un point de départ pratique pour comparer, pas un verdict définitif sur un aliment.

Ce que cette étude ne permet pas de conclure

Gardez en tête les limites de ce travail. Il s'agit d'une analyse descriptive de prix relevés en ligne sur une période donnée, en France : elle décrit des tendances, elle ne prouve pas de relation de cause à effet et ne se généralise pas à toutes les catégories de produits. Les prix évoluent aussi dans le temps et varient d'une enseigne à l'autre. Enfin, le Nutri-Score renseigne sur la composition nutritionnelle d'un produit, pas sur son degré de transformation ni sur son effet précis sur votre santé, qui dépend toujours de votre alimentation globale. Cette analyse est donc un argument solide pour lever un frein budgétaire, pas une recette miracle.

Ce qu'il faut retenir

Mieux manger n'est pas réservé à ceux qui peuvent y mettre le prix. Une analyse française récente montre qu'un produit mieux noté au Nutri-Score n'est pas forcément plus cher, et qu'il l'est même parfois moins, selon les rayons. Le vrai levier n'est pas de dépenser davantage, mais de comparer à l'intérieur d'une même catégorie, de regarder le prix au kilo et de privilégier les basiques simples. C'est un geste que vous pouvez tester dès vos prochaines courses, sans rien changer d'autre à vos habitudes.