Vous êtes devant votre salière, prêt à en remettre une pincée sur vos pâtes, et cette petite question vous traverse : est-ce que je mange trop de sel ? On entend qu'il faudrait « lever le pied », sans trop savoir combien c'est raisonnable, ni si le geste de saler à table change vraiment quelque chose.

Voici une réponse claire, tout de suite. Les autorités de santé recommandent de ne pas dépasser environ 5 grammes de sel par jour pour un adulte, soit une cuillère à café. En France, la consommation moyenne tourne plutôt autour de 9 grammes chez les hommes et 7 grammes chez les femmes : la plupart d'entre nous en mangent donc un peu trop.

Et surtout, l'essentiel de ce sel ne vient pas de votre salière : environ 80 % est déjà présent dans les aliments que vous achetez, à commencer par le pain et les plats préparés. C'est donc surtout là que se joue la marge de manœuvre.

Le sel, en une phrase

Un mot de vocabulaire pour bien se comprendre. Ce qu'on appelle « sel » dans l'assiette, c'est du chlorure de sodium, et c'est surtout le sodium qui intéresse les chercheurs. Les recommandations sont parfois exprimées en sodium, parfois en sel : l'Organisation mondiale de la santé conseille de rester sous 2 grammes de sodium par jour, ce qui correspond à moins de 5 grammes de sel.

Retenez simplement le repère en sel : environ une cuillère à café par jour, tout compris.

Ce que montrent les recherches : un effet solide sur la tension

C'est ici que la nuance compte, car les preuves ne sont pas de même solidité selon ce dont on parle. L'effet le mieux démontré concerne la tension artérielle.

Une vaste revue systématique et méta-analyse d'essais contrôlés randomisés, publiée dans la revue The BMJ en 2020, a rassemblé 133 essais et 12 197 participants. Un essai contrôlé randomisé répartit les participants au hasard entre un groupe qui réduit son sel et un groupe témoin ; c'est le protocole le plus fiable pour approcher une relation de cause à effet.

La conclusion est nette dans son principe : réduire le sel fait bien baisser la tension. L'ampleur moyenne est modeste — de l'ordre d'un point de tension systolique pour une baisse d'environ 3 grammes de sel par jour — mais elle est nettement plus marquée chez les personnes dont la tension est déjà élevée et chez les personnes plus âgées.

Plus votre tension est haute, plus le geste compte.

Il faut lire ce résultat pour ce qu'il est. Le lien entre sel et tension repose sur des essais contrôlés, ce qui est solide. En revanche, l'effet du sel sur les événements cardiovasculaires eux-mêmes — infarctus, accidents vasculaires — s'appuie davantage sur des études observationnelles, qui suivent des populations et repèrent des associations sans démontrer à elles seules une cause à effet. Ce lien-là reste discuté aux marges, notamment sur les très faibles apports.

Ce qui fait consensus est plus simple : pour la grande majorité des personnes qui consomment aujourd'hui beaucoup de sel, revenir vers le repère de 5 grammes est une direction favorable, en particulier pour la tension.

Où se cache le sel : rarement dans la salière

C'est sans doute l'information la plus utile de tout cet article. Contrairement à ce qu'on imagine, le sel que vous ajoutez vous-même en cuisinant ou à table ne représente qu'environ 20 % de vos apports. Les 80 % restants sont déjà là quand vous ouvrez l'emballage : c'est le « sel caché ».

En France, les principaux contributeurs sont :

  • le pain et les produits de panification — premier contributeur, non parce qu'ils sont très salés au goût, mais parce qu'on en mange tous les jours ;
  • la charcuterie et les fromages ;
  • les plats préparés, les soupes industrielles et les pizzas ;
  • les biscuits apéritifs.

Une baguette, quelques tranches de jambon et une part de fromage peuvent, à eux seuls, représenter une bonne partie de votre repère quotidien, avant même d'avoir touché la salière.

Cela ne veut pas dire que ces aliments sont « mauvais » ou à bannir : cela veut dire que la vraie marge de manœuvre se trouve dans les quantités et dans le choix entre deux produits similaires, bien plus que dans le geste de saler à table.

Concrètement, que pouvez-vous faire dès aujourd'hui ?

Bonne nouvelle : vous n'avez pas besoin de tout changer, ni de manger fade. L'idée n'est pas de traquer chaque gramme, mais d'agir là où le sel se concentre vraiment.

Le premier réflexe utile est de comparer deux produits du même rayon. D'une marque de jambon, de pain de mie ou de soupe à l'autre, la teneur en sel peut varier du simple au double pour un goût très proche. Regarder la ligne « sel » au dos de l'emballage et choisir la version la moins salée est souvent le geste le plus efficace, et il ne vous prive de rien.

Gros plan sur le dos d'un emballage alimentaire tenu en main, avec un doigt qui pointe une ligne du tableau nutritionnel
Entre deux produits d'apparence identique, la teneur en sel peut varier du simple au double.

En cuisine, vous pouvez relever vos plats autrement qu'avec du sel : herbes fraîches, épices, ail, oignon, jus de citron, un filet de vinaigre. Le palais s'habitue en quelques semaines à des plats moins salés, et beaucoup de personnes redécouvrent alors le goût des aliments.

Herbes fraîches, gousses d'ail, citron et épices disposés autour d'un plat en cours de préparation
Herbes, épices, ail et citron : le goût sans le sodium.

Enfin, plutôt que de raisonner uniquement en « retirer du sel », vous pouvez raisonner en ajouts. Les fruits, les légumes et les légumineuses apportent du potassium, un minéral qui aide à contrebalancer l'effet du sodium sur la tension. Ajouter une portion de légumes à votre déjeuner ou une poignée de lentilles à une salade va dans le bon sens, sans rien vous interdire.

Trois idées reçues à écarter

« Je ne sale pas mes plats, donc je suis tranquille. » On l'a vu, l'essentiel du sel est déjà dans les aliments : on peut manger beaucoup trop salé sans jamais toucher une salière, simplement avec du pain, de la charcuterie et des plats préparés.

« Le sel de mer ou le sel rose de l'Himalaya est meilleur pour la santé. » Ces sels contiennent des traces de minéraux, mais en quantités négligeables pour votre alimentation. Du point de vue du sodium — le seul point qui compte ici pour la tension — ils sont équivalents au sel de table classique. Ce qui compte, c'est la quantité totale, pas la couleur ni l'origine.

« Le sel est un poison, il faut le supprimer. » C'est faux : le sodium est un minéral indispensable au fonctionnement de l'organisme, et des apports trop bas ne sont pas non plus recommandés. L'objectif n'est pas zéro sel, mais de revenir vers un repère raisonnable quand on en consomme beaucoup.

Les limites et les nuances

Quelques précisions honnêtes pour finir. La sensibilité au sel varie d'une personne à l'autre : à apport égal, la tension de certaines personnes réagit plus que celle d'autres, et l'on ne sait pas toujours prédire qui. Les repères cités sont des recommandations de population, pas une prescription individuelle.

Si vous souffrez d'hypertension, d'une maladie rénale ou cardiaque, ou si vous prenez un traitement, les conseils doivent être adaptés avec un professionnel de santé : cet article ne remplace pas un avis médical. Enfin, réduire son sel est une mesure parmi d'autres : elle prend tout son sens dans une alimentation globalement équilibrée, aux côtés des fruits, des légumes et de l'activité physique.

À retenir

Le repère est simple : environ 5 grammes de sel par jour, quand beaucoup d'entre nous en consomment un peu plus. Le levier le plus efficace n'est pas votre salière, mais les produits que vous achetez, en particulier le pain, la charcuterie et les plats préparés.

Comparer deux produits similaires et choisir le moins salé est un geste concret, sans privation, que vous pouvez appliquer dès vos prochaines courses.